Voilà bientôt trois années que Véronique a quitté son Cameroun natal pour immigrer au Québec. Elle travaille maintenant dans un centre de la petite enfance appelés communément CPE. Les CPE sont des institutions québécoises consacrées à la garde et à l'éducation de jeunes enfants. Véronique aime son travail et se plaît dans son pays d’accueil. Elle vit dans un appartement situé à deux pas de son service de garde, ce qui lui facilite énormément les frais de déplacement car elle n’a pas encore de véhicule de promenade.
Comme tous les matins, la voilà repartie pour son lieu de travail; sac à main accroché sur l’épaule et sac à lunch dans la main. Aujourd’hui vendredi et dernier jour d’une grosse semaine de travail, elle est ravie car elle pourra aller en visite à Montréal rendre visite à sa meilleure amie Claudine. Ainsi toutes les deux pourront faire les boutiques et surtout aller au restaurant africain déguster des plats de leur pays d’origine. En effet, il n’est pas évident de concocter de tels repas chez elle par manque d’ingrédients pas facile à trouver ou simplement par manque du matériel de cuisine traditionnel adapté.
Les deux jeunes femmes se sont rencontrées à l’aéroport international de Douala au Cameroun où elles embarquaient en direction du Canada avec une escale à Paris. Pour toutes les deux s’était un premier voyage en avion et un premier voyage vers l’Amérique du Nord. Cette joie mêlée de dépaysement et cette peur de l’inconnu les lia d’amitié. Elle s’arrangèrent même avec d’autres passagers afin d’être sur des sièges voisins dans l’avion. Elles en profitèrent pour faire ample connaissance et se confier leurs appréhensions et leurs craintes car aucune d’elle n’avait de la famille au Canada.
Après trois années d’étude, de découverte et d’intégration au Québec, les deux deux jeunes filles restent toujours de bonnes amies. Avec leur nouveau statut de résidentes permanentes, Véronique est restée travailler dans la ville de Trois-Rivières, tandis que Claudine a pu obtenir un emploi dans la ville de Montréal. Malgré cette heure et demi de distance entre les deux villes, les deux amies se voient régulièrement, surtout les fins de semaines et les jours fériés.
En début de soirée, Véronique toute excitée d’aller retrouver sa meilleure amie emprunte l’autocar en partance pour Montréal. Elle était loin de penser qu’elle y rencontrerait celui qui allait peut-être devenir l’homme de sa vie. En se faufilant dans le passage pour se trouver une place, sa sacoche accroche par incident les écouteurs audio d’un passager déjà assis dans l’autocar.
La jeune fille, préoccupée à l’idée de retrouver un siège, ne s’en rendit pas compte au grand mécontentement du passager. Un homme, la trentaine environ, se leva brusquement puisque la sacoche de Véronique continuait à tirer sur le fil des écouteurs et donc à les déconnecter de leur propriétaire.
-Mes écouteurs, s’il vous plaît! s’écria l’homme irrité.
Ce n’est qu’à ce moment-là que la jeune fille compris qu’elle venait de causer un incident avec son sac à main.
-Oh désolée, vraiment désolée je ne m’étais pas rendue compte…vraiment désolée, excusez-moi! répliqua t-elle gênée d’être si perdue dans ses pensées.
-Ok, est-ce que je peux les avoir maintenant… demanda l’homme impatient.
Véronique remarqua alors les écouteurs suspendus à sa sacoche. Elle les pris et s’avança vers l’homme pour les lui remettre. Lorsqu’elle leva les yeux vers lui, elle resta figée devant ce regard aux yeux bleus qui ne la dévisageait pas d’une seconde. Du haut de son mètre quatre-vingt, l’homme aux écouteurs, était très séduisant. Son tee-shirt style classique laissait transparaître ses épaules carrées et deviner un torse ferme et bien sculpté. Il se pliait quasiment le buste pour regarder la jeune femme dans les yeux. En effet, elle était plutôt de taille moyenne. Mais son beau visage aux traits fins et prononcés, donnait à celui qui la regardait la sensation désarmée d’être face à un ange céleste. Elle était d’une beauté pure et déconcertante.
-“Quels beaux yeux!” pouvait-on lire sur les lèvres de Véronique qui se confondait plutôt en excuses.
L’homme qui avait l’air plus tôt mécontent resta lui aussi figé devant le visage angélique de la jeune fille. Il esquissa un léger sourire et l’invita à prendre place à côté de lui.
-Il n’y a personne ici, vous pouvez vous y asseoir. Proposa t-il en lui montrant de la main le siège à côté de lui.
Véronique ne se fit pas prier. Elle s’installa auprès du passager inconnu, davantage gênée d’avoir accroché ses écouteurs et ne s’être même pas rendu compte.
Tout au long du trajet, une belle discussion s’engagea entre les deux voisins d’autocar. Cela permit à Véronique de savoir que son bel inconnu aux yeux bleus s’appelait Jérémy et que tout comme elle, il allait à Montréal passer la fin de semaine avec son meilleur ami.
Lorsque l’autocar arriva à bon port, les nouveaux amis se séparèrent sans grand espoir de se revoir...mais ravis de s’être rencontrés, même d’une façon conflictuelle.
Arrivée chez Claudine, Véronique lui conta sa drôle d’aventure avec Jérémy à propos des écouteurs. Mais ce qui mobilisa davantage la causerie nocturne entre les deux amies, c’était une rencontre inattendue que Claudine venait de faire sur Internet avec un certain Nicolas. Elle devait le rencontrer en personne le lendemain dans un café et elle voulait que son amie l’accompagne à ce rendez-vous.
-Ainsi tu pourras me dire ce que tu en penses, Véro.
-Mais, penses-tu qu’il sera ravi que tu débarques à votre premier rendez-vous avec ta meilleure amie? C’est toi qu’il veut connaître et seul à seul. contesta Véronique.
-Oui mais je l’ai prévenu que je viendrai avec toi et lui aussi m’a dit qu’il viendrait alors avec son meilleur ami. rassura Claudine. Ainsi, si ça clique entre nous on pourra avoir d’autres rendez-vous en tête à tête, seulement lui et moi. Tu sais avec la webcam et les différents chattes qu’on a eu le courant passait bien entre nous deux. On s’est même appelé au téléphone et ça bien été. Mais maintenant reste à voir si face à face ça donne le même résultat.
-Et cela dure depuis combien de temps? demanda Véronique curieuse.
-Oui je sais que tu vas pensé que je t’ai caché tout ça mais sais-tu je voulais être sûre avant de t’en parler. Ça fait quatre mois que je discute virtuellement avec lui.
-Wow, et tu as pu garder le secret Clau! s’étonna Véronique.
-Désolée chérie, je ne voulais pas être cachotière, c’était juste virtuel et je voulais t’annoncer quelque chose de réelle et non une histoire de chatte d’un soir, tu me comprends? s’excusa Claudine en prenant la main de son amie pour la rassurer.
-Ok je te comprends. répondit Véro en faisant un beau sourire rassurant à son amie.
Véronique et Claudine étaient devenues depuis ces trois dernières années les meilleures amies du monde et malgré certaines incompréhensions qui pouvaient miner leur relation amicale les deux filles trouvaient toujours le moyen de s’entendre et de se comprendre.
Claudine, de deux ans la cadette des deux, avait un tempérament agressif, fonceuse et mordant dans la vie. C’était tout le contraire de Véronique plutôt douce, timide et qui avait chaque fois besoin qu’on la stimule un petit peu pour réaliser ses projets. Elles se complétaient et se compensaient vraiment bien ensemble.
Un beau lever de soleil annonçait cette belle journée d’été. La météo annonçait en effet une belle fin de semaine ensoleillée avec un minimum de 23 degrés C et un maximum de 28 degrés C.
La rencontre de Claudine et Nicolas étant prévue pour quatre heures de l’après-midi, les deux jeunes femmes profitent de la matinée pour se faire une beauté. Elles se rendent chez la coiffeuse et font les boutiques. Elles sont comme à l’habitude, très heureuses de partager ces moments ensemble. Elles se tiennent la mains en marchant d’un pas complice, le sourire aux lèvres et même des éclats de rire inquisiteurs.
À quelques minutes du rendez-vous, c’est deux ravissantes et séduisantes “African Queen” qui déambulent le long de la rue Saint-Hubert à Montréal en direction du salon de thé, lieu du rendez-vous.
Véronique rassure son amie qui est un peu nerveuse à l’idée de voir pour la première fois son correspondant virtuel Nicolas:
-T’en fait pas chérie Clau, ça va bien se passer …et puis même si ça ne clique pas réellement, je pense que vous resterez de bons amis, vu tout ce que tu m’as dit de lui…
Arrivées devant le salon de thé, elles sont à l’heure exacte. Dès qu’elles entrent dans le café, un homme assis dans le fond derrière une table, lève la main pour leur faire signe. Claudine reconnait toute de suite Nicolas qui n’était pas si différent de l’homme vu à la webcam.
C’est un homme brun et charmant qui se lève pour accueillir de façon galante les deux filles en déclinant son identité. Il posa toute suite son regard sur Claudine en mentionnant le nom de celle-ci. Il la ceintura de son bras, approcha son visage près du sien et lui donna un baiser sur la joue.
Cet instant dura une éternité pour Véronique qui demeura émerveillée devant un si beau tableau. Intérieurement, elle se dit: “ça clique, oui ça clique!”
Elle était ravie pour sa meilleure amie, qui abordait un sourire emballé et se laissait entrainer dans la bulle romantique et heureuse de Nicolas.
Lorsqu’ils s’assirent Nicolas prit la main de Claudine, Il la regardait en lui disant qu’elle était plus belle que sur la webcam. L’homme assez expressif avait du mal à dissimuler ses sentiments. Claudine n’en était pas moins indifférente à tant d’égards et de gestes affectifs de la part d’un homme qu’elle trouvait à son goût depuis déjà quatre mois de relation virtuel. Soudain, on eut dit qu’elle se rappela de la présence discrète et silencieuse de son amie:
-Nicolas, voici Véronique ma meilleure amie de qui je t’ai souvent parlé.
-Bien ravi Véronique, je n’ai entendu que du bien de vous. répondit l’homme. Je suis aussi venu avec mon meilleur ami mais il est allé faire une course une rue plus loin, il ne saurait tarder.
Un serveur interrompit la conversation pour prendre la commande des trois amis. Puis toute suite après ce fut le même climat; une belle chimie entre Nicolas et Claudine. On eut dit qu’ils se connaissait depuis plusieurs années. Ils étaient beaux à regarder, Véronique ne s’en privait pas du tout. Elle regardait l’expression enchantée et docile de Claudine, elle qui d’habitude très bavarde et prenant beaucoup de place, se laissait aujourd’hui bercer comme si elle savourait chaque instant avec Nicolas. La parole avait fait place à des gestes de douceur, de tendresse et d’affection.
Soudain un autre homme se dirigea vers la table et Nicolas s’écria:
-Tiens tiens tu en as mis tu temps mon homme!
-Oui mon cher j’ai été retenu plus longtemps que prévu…répondit le nouvel arrivant de façon inachevée comme s’il venait d’être interrompu par ce qu’il voyait.
Un silence soudain s’empara de la table. L’homme regardait Véronique qu’il avait reconnue. C’était Jérémy le beau blond de l’autocar.
-Oh non! s’écria Véronique, vous…
-Oui répliqua t-il avec un sourire qui en disait long, oui moi...
-Mais comment ça se fait? interrogea t-elle.
-Je ne sais pas, on est juste dû pour se rencontrer. répondit Jérémy en se dirigeant vers Véro qui se leva de sa chaise.
Tu es ravissante, continua l’homme en s’approchant de plus bel. Je remercie mes écouteurs de s’être accrochés à ta sacoche. ajouta t-il en souriant.
-…elle sourit aussi en tenant la poignée de main que lui tenait l’homme.
Il lui prit la main dans ses deux paumes chaudes et l’approcha près de sa bouche en y faisant un doux baiser.
-Ne me dis pas que c’est la fille de l’autocar? demanda Nicolas.
-C’est bien elle répondit Jérémy avec le regard toujours fixé sur Véronique.
-Il a parlé de vous toute la nuit continua Nicolas et il a regretté vous avoir laissé partir sans prendre un prochain rendez-vous avec vous. Et surtout sans vous avoir avoué que vous lui plaisiez énormément. Il a passé toute la nuit à me parler de vous…je sais ce que ça veut dire lorsque mon ami Jérémy est dans un tel état.
À peine Nicolas acheva son discours qu’on vit Jérémy poser ses lèvres sur ceux de Véronique, en murmurant:
-Tu me le permets?
Elle n’eut pas le temps de répondre que l’homme fondit ses lèvres sur les siennes. Tenant le visage de la jeune femme dans ses grandes mains à la fois viriles et protectrices. Véronique se laissa entrainer dans ce courant de foudre amoureuse.
Ce beau samedi ensoleillé de l’été venait d’offrir à nos deux meilleures amies, l’amour. Un amour peut-être inattendu mais combien intense. Était-ce le hasard qui les avait conduites-là ou encore simplement la providence divine?
(...) L’année suivante, les deux couples et meilleurs amis convolaient en juste noces au Cameroun, entourés de leurs parents, amis et connaissances.
Hasard ou Rencontres providentielles...
Quand l’amour frappe à la porte, il n’y a plus de mots pour l’exprimer...
Il se vit...
jeudi 23 septembre 2010
Hasard ou providence?