Parlons-en!
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Nos enfants métis...quelle culture pour eux ?
Un témoignage poignant sur la question
Parler de la situation des enfants métis d’un point de vue extérieur, c’est à dire avec mon regard d’adolescente puis d'adulte qui a pu côtoyer certains d’entre eux autant à l’école que dans ma vie de femme et d’amie auprès de mères de ces enfants-là.
Je suis arrivée en Allemagne adolescente. Aujourd’hui adulte, je fréquente beaucoup d’amies mères de métis...je peux donc comprendre un temps soit peu leur situation et en parler. Non comme pour ouvrir ce débat sur ce thème mais simplement y apporter ma contribution.
Le premier constat que je peux faire d’entrée de propos c’est que être enfant métis ici, demande de la part des parents beaucoup d’encadrement, être de bons parents qui s’entendent bien et qui partagent réciproquement les deux cultures, et les partagent ensuite avec leurs enfants. En ce sens que le couple visite, connaisse et partage autant la partie africaine que la partie allemande et que chacun apprenne à l’aimer et en faire sienne. Quand le parent allemand parle de l'Afrique qu’on ressente des propos d’amour et d’appartenance et vis-versa. Cet équilibre du couple déteindra sur les enfants qui comprendront très tôt qu’ils appartiennent à deux cultures hyper différentes mais qui ont trouvé leur unité et leur cohésion à travers l’amour de leurs deux parents.
Au moins quand l’enfant sera confronté à des attaques racistes ou discriminatoires, il pourra y faire face la tête haute et le coeur serein.
J’avais 17 ans quand mon père par son travail de diplomate nous a emmené vivre en Italie. Il n’y avait que deux écoles de langue française à Rome, une laïque et l’autre catholique. Là se côtoyaient les enfants des diplomates et étrangers de tous les autres pays. Malgré cela l’intégration était difficile pour bon nombre de jeunes; les Africains à la cantine se retrouvaient entre eux, les Blancs entre eux...Le mélange n’était visible que dans les salles de classe ou de sport. La raison qu’on trouvait c’était qu’on avait plus de choses à se dire entre Africains ou entre Européens...Mais dans toutes ces divisions vous devinerez jamais la situation des métis. Leur situation était un peu rigolote...ils allaient des deux côtés ou rejetaient simplement l’un des côtés et c’était souvent leur côté africain qu’ils rejetaient.
Petite histoire: Il y avait une métisse Italo-Sénégalaise dans l’école, elle n’avait que des amies blanches et faisait tout comme elles. Elle refusait même les tresses africaines et lissaient ses cheveux afin qu’ils se raidissent comme ceux de ses copines blanches. Et, le plus drôle, en été elle se bronzait rien que pour imiter ses copines et avoir les mêmes activités qu’elles pourtant elle n’en avait pas besoin. Elle avait même le culot de dire à qui voulait l’entendre qu’elle ne se sentait aucunement Noire et étalait les points négatifs fondés ou non sur les Africains en général et surtout l’Afrique des médias.
Arrivés en Allemagne après mon bac, j’ai revu la même situation cette fois dans un milieu universitaire. Un gars métis qui ne voulait rien à avoir avec les étudiants africains; même si vous lui lancez un salut, vous n’aurez pas de retour même pas un signe de la tête. Mais ironie du sort, un jour après un exposé, le prof lui dit: «Mais vous parlez très bien l’Allemand sans accent, d’où venez-vous au juste?» Et c’est une de mes amies qui a répondu à sa place: «Mais Monsieur il est Allemand!»
Certains arrivent à accepter leur mélange mais quand ils se font traiter de Nègres et sont vus comme des étrangers, ces derniers peuvent perdre leur équilibre et se sentir frustrés. Et malheureusement être vus comme Africains ou Noirs n’est pas une vertu, c’est plutôt un complexe d’infériorité énorme. Pour des enfants qui ne sont jamais allés en Afrique, ils ont les médias pour les en informer alors que nous savons tous comment les médias décrivent l’Afrique; pauvre, avec les enfants au ventre ballonné avec des mouches en bordure de bouche, les guerres interminables...tout ce qui est triste et sombre, maladie ou guerre vient de l’Afrique. Beaucoup de discriminations les referment sur eux-mêmes; ici par exemple (peut être que mes propos seront un peu abusif mais c’est la réalité), Au travail, les Allemands Blancs sont privilégiés...la qualification doit certaine fois rimer avec la couleur de peau malheureusement et les métis sont comptés parmi les Noirs. Ils se doivent donc de travailler de façon acharné et dure pour être les meilleurs des meilleurs et prendre le dessus sinon ce serait peine perdue. C’est une situation qui fait peur à certains parents plus sensibles qui préfèrent envoyer les enfants ailleurs dans des sociétés moins racistes et où le jeune est évalué en fonction de son savoir et non de la couleur de sa peau.
Quand ils sont enfants à la maternelle, c’est différent, c’est innocent, on s’accepte tous, les cheveux frisés et ondulés sont très appréciés mais dans la cours des grands, c’est malheureusement plus dur; il faut affronter les préjugés et y faire face et réagir ou subir.
Ils sont pour la plupart nés ici donc souvent ignorant de la vraie Afrique... ils découvrent malheureusement celle des médias triste et dévalorisante. Donc si leurs parents ne leur font pas découvrir leur Afrique, ils ne pourront que être frustrés et donc renier ce côté moins valorisant et pourtant imprégné en eux.
Dans le cadre familial, chaque parent a été éduqué d’une manière différente de celle de l’autre...en Afrique la fessé était utilisée, ici c’est interdit de poser la main sur un enfant...les parents en discutent et font des concessions...et trouve la bonne méthode éducative pour leurs enfants.
Je ne sais pas comment mes futurs enfants feront face à tout cela mais ce que je retiens de toute cette expérience de vie, c’est que ce n’est pas la couleur de la peau qui définit qui tu es vraiment et ce que tu deviendras dans la société. Ce sera donc à moi de leur transmettre ce message au quotidien en complicité avec mon époux et la grâce de Dieu.
Eva Peter
dimanche 4 octobre 2009
Un témoignage poignant de
Eva Peter une fidèle lectrice de notre site et résidente en Allemagne
Vos commentaires et avis sur l’éducation de nos enfants seront les bienvenus...Merci!